Ces points qui font mal

Nous les appellerons les « points de pression ». Des zones sur lesquelles, pour faire du bien, il faut passer par une « exquise » douleur

Le masseur que je suis est particulièrement intéressé par l’approche des points de pression. D’une part, parce que ma main les détecte naturellement (zone de pénétration, réaction douloureuse du recevant, touché de nodules qui roulent sous le doigt), d’autre part, parce que diverses méthodes de massage en font des zones repérées comme efficaces, enfin, et peut-être est-ce là le plus important, parce qu’il existe une véritable demande des recevants pour que la main du masseur s’arrête sur ces zone perçues comme sensibles.

Quelle que soit l’approche considérée, le point commun est que  la pression exercée par le masseur va d’abord générer une douleur, parfois vive. Cette pression douloureuse va favoriser un retour au confort ou une amélioration du bien-être, voire l’élimination d’un dysfonctionnement. C’est l’idée d’une douleur qui fait du bien. « Douleur exquise » disait mon prof de massage ayurvédique.

Quels sont mes repères méthodologiques en la matière ?

Il existe en fait deux grandes approches de la notion de points de pression, sans que la frontière entre les deux soit très stable.

Il y a, d’une part, les points de pression, ou encore d’acupression et d’acupuncture, qui existent de façon permanente et repérée à des endroits précis du corps : des points d’insertions musculaires, de concentration du système sanguin ou nerveux, ou des points plus évanescents (électriques ou autres) relevant de traditions et expérimentations millénaires. L’intervention sur ces points peut être préventive ou curative, ou les deux. Il s’agit, par exemple, des points de Knap, des points du massage thaï, des méridiens de la médecine chinoise, ou des marmas de la médecine ayurvédique…

Et d’autre part, les points gâchettes, ou trigger myofasciaux, dont la principale approche relève de la notion de pathologie du muscle et des fascias, et qui se traduisent par des nodules présents non pas dans des points d’acupression identifiés, mais au hasard de la longueur des fibres musculaires et des entrelacs de fascias. Toutefois, certaines approches de l’ostéopathie font peu de cas de cette distinction et considèrent indifféremment certains points d’acupression comme des points gâchettes. Ce qui conduit à les traiter tout autant curativement que préventivement.

Nous voyons donc que la carte des points se brouille dès lors qu’un point d’acupression peut utilement être traité comme on le ferait d’un point gâchette, alors qu’inversement, un point gâchette peut se loger en lieu et place d’un point d’acupression. Dans tous les cas, ces approches se traduisent par deux postures génériques pour le masseur : une dominante préventive, énergétique et équilibrante dans le cas du traitement systématique des points d’acupression ; une dominante curative, musculaire et circulatoire dans le cas du traitement des points s’exprimant comme des trigger myofasciaux, qu’ils soient ou non situés au même endroit que les points de pression.

Pour en savoir plus sur les points gâchettes :
Les trigger points, ou points gâchettes, font l'objet d'une importante littérature technique. En voici quelques extraits :

Un point gâchette doit être distingué d’un point de pression.

« Tout d’abord, il convient de les différencier des points d’acupuncture et d’acupression. Ces derniers sont des points énergétiques immatériels situés à des endroits bien précis du corps. Les points trigger se trouvent, quant à eux, essentiellement sur les fibres musculaires et peuvent être sentis à la palpation comme de petits nodules de taille variable. »
Supprimez rapidement vos douleurs par la technique des points trigger – Vincent Cueff – Ed. Jouvence. p.14. 

« On trouve les points trigger à l’origine des céphalées, de douleurs au niveau du cou, de lombalgies, de sciatiques, d’épicondylites et de syndromes du tunnel carpien. De façon plus surprenante, ils peuvent aussi fréquemment occasionner des nausées et des étourdissements, des douleurs à l’intérieur de l’oreille, au niveau des sinus et des dents. En maintenant dans le muscle un dysfonctionnement qui comprime les vaisseaux sanguins et lymphatiques ainsi que les nerfs, ils sont très souvent la cause ignorée de sensations de brûlure, d’engourdissement dans les mains et les pieds, ou d’articulations enflées. » Supprimez rapidement vos douleurs par la technique des points trigger – Vincent Cueff – Ed. Jouvence. p.28. 


La palpation permet d’identifier les éléments caractéristiques d’un point gâchette ?

 « Un point gâchette est une masse palpable au sein du tissu musculaire, douloureuse à la pression. La douleur est locale et irradie dans une zone prévisible, et ceci chez toute personne. Les points gâchettes sont, comme les segments rachidiens, des zones « facilitées » au sein de la musculature, c’est-à-dire qu’on peut souvent les stimuler par des excitations subliminales.
En général les points gâchettes se trouvent dans les fibres tendues des muscles touchés, le plus souvent à proximité des attaches musculaires. Les fibres musculaires atteintes peuvent être pincées avec les doigts, comme les cordes d’une guitare.
Un autre phénomène résulte du fait que des points gâchettes actifs conduisent à des points gâchettes muets ou latents dans les muscles de la région vers lesquels les points gâchettes actifs irradient. C’est ce qui permettrait d’expliquer l’effet « boule de neige » dans certains syndromes douloureux. »
Points gâchettes et chaînes musculaires. Ostéopathie et thérapies manuelles – P. Richter, E. Hebgen – Ed. Maloine. p.36.
 
« Un point trigger myofascial se présente sous la forme d’un nodule de fascia durci, de taille variable, sur un muscle. Il présente la particularité d’être totalement indolore, sauf si on exerce dessus une pression ferme, auquel cas il devient instantanément très douloureux. Il est possible de le sentir à la palpation lorsqu’il se situe en surface du muscle. »
Supprimez rapidement vos douleurs par la technique des points trigger – Vincent Cueff – Ed. Jouvence p.25. 
  

Comment se génère un point gâchette ?

« Un muscle sain retrouve sa forme initiale après la contraction. Un muscle en dysfonction reste anormalement tendu après la contraction. Les conséquences se traduisent notamment par une réduction de la mobilité ainsi qu’une circulation sanguine et lymphatique diminuée à l’intérieur des fibres musculaires. C’est dans ce cas de figure que l’on est susceptible de rencontrer des points trigger. »
Supprimez rapidement vos douleurs par la technique des points trigger – Vincent Cueff – Ed. Jouvence. p.24. 

 « Un point gâchette, ou trigger point, est une région fortement irritée au sein d’un cordon hypertonique dans un muscle squelettique ou un fascia musculaire. Le point gâchette est douloureux à la palpation et peut entraîner des douleurs irradiantes spécifiques, des tensions musculaires (dans d’autres muscles également) ou des réactions végétatives.
Il existe aussi des points gâchettes dans d’autres tissus, comme la peau, le tissu adipeux, les tendons, les ligaments, les capsules articulaires ou le périoste. Ces points gâchettes ne sont pas constants et n’ont pas toujours la même localisation, comme c’est le cas pour les points gâchettes myofasciaux. Par ailleurs, ils n’entraînent pas de douleurs irradiantes. »
Points gâchettes et chaînes musculaires. Ostéopathie et thérapies manuelles – P. Richter, E. Hebgen – Ed. Maloine. p.133.

 « La théorie [de Janet Travell] est que les points trigger affectent le bon fonctionnement des sarcomères dans le muscle. Ces structures microscopiques travaillent comme des pompes permettant la bonne circulation sanguine dans les fibres musculaires. Lorsqu’un point trigger est présent, les sarcomères situés dans ce point restent en contraction constante. Il s’ensuit un appauvrissement de l’apport en oxygène dans la zone et une accumulation de déchets métaboliques dus à la réduction de la circulation sanguine. Progressivement, le muscle se raccourcit et se maintient en position tendue. Il lui est impossible de se relâcher complètement. Il est alors logique de penser qu’un tel muscle va exercer une tension anormale sur les tendons, les os et les articulations. D’autres muscles vont devoir compenser ce déséquilibre et l’on va assister à l’apparition de symptômes. »
Supprimez rapidement vos douleurs par la technique des points trigger – Vincent Cueff – Ed. Jouvence. p.27. 

 

Pour en savoir plus : l’approche originale de Gëorgia Knap
La méthode Knap : une synthèse entre points de pression et points gâchette.

Knap (1866-1946) est un naturopathe avant l’heure. Il identifie différents points du corps dont, d’une part, le traitement ponctuel par pression apporte réponse à des pathologies et, d’autre part, le traitement systématique, toujours par pression, améliore l’état général de santé. Il ne cherche pas à trancher sur la nature de ces points qu’il définit diversement :

- Endroits de stockage de dépôts douloureux.

- Émergence de nerfs sur les trajets nerveux.


Knap ne cherche pas nécessairement de nodules ou sensibilités particulières pour déterminer s’il doit ou non traiter ses points. Il est dans une approche globale du corps : en démarche préventive, tous les points doivent être traités, en insistant jusqu’à disparition de la douleur, lorsqu’il y a douleur, et dans l’ordre de numérotation des points.

En complément, il identifie des points à traiter en réponse à des pathologies. Il cible le traitement de toute affection de nature névralgique ou rhumatismale, aiguë ou chronique, même d’origine infectieuse, à condition que le facteur microbien ne soit plus dans sa phase active. Selon lui, toutes les inflammations, même chroniques, peuvent être traitées.

La méthode Knap – Lionel Clergeaud – Ed. Dangles
Pour en savoir plus (et en avoir le cœur net ? ), une petite étude de mon cru :
Quel niveau de convergence entre les points gâchettes et les points de pression ? L’exemple du dos :

Les points identifiés par les différents auteurs et traditions sont-ils tous les mêmes ? Ne s’agit-il pas finalement que d’énoncer des variantes d’un même champ de connaissances acquises par tâtonnement et expérimentation ? La réponse à cette question est très claire : p’tète ben qu’oui, p’tète benq’non.

Dans les schémas qui suivent, je me suis égaré à repérer et comparer sur un même mannequin quatre lectures des points de pression : thaï ; Knap ; ayurvéda ; traité d’ostéopathie.


Relevons tout d’abord que le positionnement des points est assez délicat, car leur repérage sur des mannequins différents, schémas ou photos, hommes ou femmes, musculeux ou non, est parfois difficile à interpréter.

Notons également que de nombreux auteurs prennent la précaution de préciser que le positionnement des points doit être adapté à chaque corps humain : à charge pour le masseur de tâtonner et de faire jouer son intuition.

Je conclurais ici à une diversité des approches :

- Le massage thaï est à dominante énergétique. Il cible donc des courants et des flux. Il se traduit plus par des pointillés sur des lignes que par des points précis.

- Les points de Knap sont plus anatomiques : ils ciblent des insertions musculaires, des conjonctions de réseaux, ou des zones de pénétration vers les organes internes.

- Les marmas sont dans la même approche que les points de Knap.

- Les points gâchettes sont dominés par une lecture myofasciale, et de ce fait bien plus nombreux.

© Joël Massage Bastia Corse www.joel.mic.fr

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