Les dessous des fascias

Parions que vous ne le saviez pas : vous avez des fascias et leur bon fonctionnement est primordial pour la bonne santé de votre organisme. Le massage permet de les entretenir.

À ceux qui, avec dédain, laissent entendre que se « faire masser », c’est juste pour le plaisir, demandez s’ils connaissent les fascias ? Le massage permet de les entretenir, eux dont le fonctionnement est primordial pour la santé et l’équilibre de notre organisme.

Les fascias ? Ils enveloppent les muscles et les organes. Le terme de fascia s’applique à tous les tissus de maintien du corps. Ils ont un rôle essentiel dans la circulation générale et dans la tenue structurelle du corps. Ils s’agencent en chaînes et interagissent à l’échelle de tout l’organisme.  

Le péritoine, le péricarde, l’aponévrose sont des fascias. Ils sont associés à chaque organe et à chaque couche. Sous l’épiderme, ils entourent les groupes de muscles. Plus en profondeur ils sont à la fois la séparation et le lien entre les différents organes et les différentes fonctions. Les fascias sont caractérisés comme des tissus conjonctifs (les anglo-saxons parlent de « connective tissu »), des fibres ou plutôt une organisation fibrillaire globale que, désormais, l’on regarde comme un système à part entière.

Ces deux images de fascias illustrent leurs différents niveaux structurels. Une organisation qui leur confère à la fois souplesse et solidité, soit au total une capacité de résilience globale.

  

 

Sous l’angle de vue du masseur, les trois grandes fonctions des fascias
  • Organiser la tenségrité du corps humain
    Les fascias ont une fonction d’architecture globale du corps. Ils constituent une trame solide et flexible sur laquelle les autres tissus se structurent. Leur organisation en trame et leur qualité colloïdale leurs confèrent la capacité d’absorber et d’adapter les tensions inhérentes aux mouvements. Cela se manifeste physiquement par la concentration, la redirection, la répartition, la stabilisation et l’amplification des tensions engendrées par la contraction de l’unité musculaire, la charge posturale ou le poids des organes. Cette capacité de répartir les tensions a toutefois ses limites. Trop sollicité et soumis à des contraintes permanentes, le fascia peut lentement se déformer.
    Cette structure en trame à l’échelle du corps humain explique les nombreuses interdépendances relevées empiriquement par les massothérapeutes.
  • Compartimenter les systèmes et permettre leur glissement entre eux
    Que ce soit entre les faisceaux d’un même muscle, entre deux muscles ou groupes antagonistes, entre deux organes aux mouvements différents, ou encore entre le contenu thoracique et le thorax lui-même, le glissement est indispensable à la vie (par exemple respirer) et au mouvement. Les fascias permettent à la fois d’individualiser la structure des différents organes et de rendre possible le glissement entre celles-ci. Ainsi, par exemple, on a pu mesurer que si les couches de fascias du dos conservent une capacité de glissement de 75% l’une par rapport à l’autre, l’individu ne ressentira pas de douleur. En revanche, un glissement réduit à 50% est associé à des douleurs dorsales.
  • Structurer un réseau global de communication, lymphatique, nerveux, sanguin, cérébrospinal
    La trame des fascias n’est pas constituée que de tissus. Elle embarque également, intimement entrelacés, les réseaux qui a différents niveaux irriguent le corps humain : vaisseaux sanguins, nerfs et capillaires lymphatiques. J’ai trouvé par ailleurs une référence au liquide cérébrospinal (LCS). Décrit par certains auteurs comme l’élément dominant de l’organisme. Il est présenté comme le liquide qui accompagne le réseau nerveux et entre donc dans l’organisation des fascias. Sa composition serait proche du sérum sanguin et de la lymphe. En communication avec les autres réseaux (sanguin et lymphatique), il est présenté comme apportant dans le corps le « souffle vital ».
    Ces réseaux ne relèvent pas uniquement d’une fonction d’irrigation. Ils constituent une trame de capteurs informatifs à la fois proprioceptifs (capacité du corps à situer ses segments dans l’espace) et nociceptif (capacité à révéler les éléments perturbateur de l’homéostasie).

 

Pourquoi se faire masser permet d’entretenir ses fascias ?

La connaissance des fascias, permet de guider la main du masseur. Voici quelques axes de travail :

  • Préparer le massage musculaire : à quoi bon masser un muscle qui serait ensaché dans un paquet rigide ? Le massage des fascias constitue un préalable au massage des muscles : d’où l’intérêt d’introduire des gestes de traitement superficiel pour préparer (on peut dire « chauffer ») la zone à masser.
  • Favoriser l’élasticité générale des fascias, au service de la tenue générale du derme. Dans ce cas le travail du masseur va être de solliciter les fascias au bénéfice d’une régénération de leur élasticité, et notamment leur capacité à se rétracter pour assurer une meilleure tenue des tissus. Cette capacité dépend, d’une part, de leur élasticité, et d’autre part, de leur liberté de mouvement, donc de leur non adhérence avec les tissus adjacents.
  • Rétablir ou améliorer le drainage tissulaire : le vieillissement, l’absence d’exercice et la surcharge en graisses conduisent à un épaississement des couches superficielles, qui deviennent fibreuses et non drainante. Dans ce cas, le massage visera à rétablir un drainage et à diminuer le caractère fibreux des tissus.
  • Travailler l’harmonisation du corps par le rétablissement ou la stimulation des réseaux neuronaux.
  • Caractériser les causes et effets des tensions, rechercher les zones de douleurs référées, dans une approche élargie des interférences à l’échelle du corps.
  • Enfin, la connaissance de l’orientation des fascias superficiels oriente le geste du masseur dès lors qu’il en est à une approche autre que musculaire. Ce qui devient particulièrement pertinent pour travailler le drainage lymphatique.
Pour le Chi nei tsang (massage des organes internes, de tradition médecine chinoise), les fascias donnent lieu à des enchevêtrements de nerfs, artères et réseau lymphatique que le masseur doit identifier et détendre.

" Les enchevêtrements [...] sont formés par des nerfs, des veines et des tendons emmêlés. Ils peuvent englober aussi les ganglions lymphatiques et des tissus adipeux. Les enchevêtrements sont composés en partie de minces couches de tissu conjonctif, qui couvrent les organes et les maintiennent en place. Ces tissus doivent être souples, pour que les organes puissent bouger. S'ils s'enchevêtrent et se raidissent, les tissus conjonctifs serrent trop les organes."
Massage chi des organes internes – Chi Nei Tsang – Guy Trédaniel éditeur. Page 213.
Découvrir ses fascias

L’organisation des fascias prend naissance au stade embryonnaire. Le développement cellulaire s’agence rapidement en trois couches distinctes (endoderme, mésoderme et ectoderme) d’où émergeront les différents organes. La couche de milieu, le mésoderme, donne naissance au tissu conjonctif qui enveloppe intimement chacune des autres structures naissantes (muscles, organes, os, nerfs…). Ainsi, et dès l’origine, cette trame fibrillaire unique et très adaptative s’agence à la fois en tant que lien, protection et structure de l’ensemble des systèmes qui composent le corps. Concernant les muscles, par exemple, il ne faut pas regarder les fascias comme des enveloppes qui auraient suivi le mouvement de la croissance musculaire. Au contraire, le réseau fibrillaire présent au tout premier stade du développement, joue un rôle primordial dans la formation des muscles. La pression créée par la croissance des os fait s’agglutiner le tissu fascial primitif le long de lignes de forces qui organisent des structures fasciales. Ces mêmes structures guident l’expansion musculaire, comme le ferait un moule. De ce point de vue, on peut regarder l’embryon comme une structure qui sen structure et se différencie progressivement, tout en conservant son unité et sa globalité du fait d’un agencement fibrillaire unique et présent des oreilles jusqu’aux orteils.

Le corps humain, une structure de tenségrité.



Les fascias assemblent les éléments, solides ou pas, du corps humain, pour lui conférer à la fois sa rigidité et sa souplesse.
C’est ce que l’on dénomme, en architecture, une structure de « tenségrité ».
Dans une structure de tenségrité l’équilibre des forces garantit l’intégrité de l’ensemble.
La composition complexe et variable des fascias

Tout comme le béton va avoir une composition variable en eau, sable, air, barre de torsion et ciment selon les besoins précis de chaque construction, le tissu conjonctif  va doser ses ingrédients selon l’usage requis. Le fascia se compose de trois éléments : les cellules fibroblaste, la trame fibrillaire et la substance fondamentale, ces deux derniers formant la matrice.

Les cellules fibroblaste constituent le matériau de soutien. La trame fibrillaire contient trois sortes de fibres ayant chacune leurs caractéristiques : des fibres de collagène très résistantes et adhérentes, des fibres d’élastine de consistance élastique et résiliente ainsi que des fibres réticulées (de réseau), fines et orientées. La substance fondamentale contient des protéines, de l’eau et des sels minéraux.

Cette composition unique dote les fascias de deux qualités fondamentales pour remplir les fonctions essentielles de répartiteur des tensions du  système myofascio-squelettique :

  • Bien qu’inélastique en tant que tissu isolé le fascia devient élastique et résilient grâce à son organisation spatiale en trame où les fibres forment une sorte de réseau de mailles. La structure ainsi constituée confère au fascia une certaine souplesse en tant que volume déformable mais reprenant sa forme une fois les tensions allégées.
  • Grâce à ses protéines, la substance fondamentale possède une capacité de réaction à la température. Ainsi, avec l’augmentation de la chaleur, les fines protéines du fascia passe de l’état de gel un peu figé à une consistance plus fluide. Cette capacité propre aux états colloïdaux fait en sorte qu’une structure myofasciale saine, mobile ayant un apport sanguin normal se fluidifie et peut donc devenir plus souple et adaptable.

Les fascias s’analysent également comme une trame hétérogène constituée de tissus, de vaisseaux sanguins, de nerfs et de graisse. J’ai trouvé par ailleurs une référence au liquide cérébrospinal (LCS). Décrit par certains auteurs comme l’élément dominant de l’organisme, le LCS est présenté comme le liquide qui accompagne le réseau nerveux et entre donc dans l’organisation des fascias. Sa composition serait proche du sérum sanguin et de la lymphe. En communication avec les autres réseaux (sanguin et lymphatique), il est présenté comme apportant dans le corps le « souffle vital ».

 

L’organisation des fascias selon des chaînes miofasciales

La multiplicité des interactions entre fascias, à l’échelle du corps humain, pourrait nous conduire à une vision très déstructurée. Tout serait dans tout ? Tout pourrait agir sur tout ? Pourtant, les différentes sciences de massothérapies (modernes comme anciennes – ayurvéda, médecine chinoise, acupuncture, réflexologie...) ont accumulé des savoirs expérimentaux qui les conduisent à caractériser des enchaînements majeurs. Il en est ainsi des méridiens de la médecine chinoise, qui agencent des lignes musculo énergétiques associant organes externes et internes. En massothérapie contemporaines, ces organisations dominantes des fascias entre eux ont été dénommées « chaînes myofasciales », « chaînes musculaires » ou « méridiens myofasciaux ».






© Joël Massage Bastia Corse www.joel.mic.fr

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